Le château de Pierrefonds
La restauration
Les ruines sont inscrites sur la liste des Monuments Historiques en 1848, et le prince-président les visita le 15 juillet 1850. Avec l'avènement du Second Empire, Pierrefonds se retrouve proche du pouvoir. En effet, dès les années 1856, la cour impériale s'établit régulièrement à Compiègne, et effectuera de nombreux voyages à Pierrefonds.

"L'Empereur, l'Impératrice et leur service arrivaient le jour de la Toussaint, pour repartir la veille de l'ouverture des chambres."

Lors des visites officielles de personnalités étrangères, le cérémonial est toujours identique, et le deuxième jour est consacré à une promenade en forêt et une visite à Pierrefonds. En 1857, Viollet-le-Duc a déjà écrit une description du château de Pierrefonds, et en 1858, la décision est prise d'entreprendre des travaux de restauration.


Les étapes de la reconstruction

C'est au début de l'année 1858 que commencent les travaux de restauration partielle du château de Pierrefonds, dont l'architecte désigné par l'Empereur est Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc. Ils comprennent la remise en état du donjon et de deux grosses tours. L'idée directrice est alors la notion de "ruines pittoresques". Dans ce cas, pourquoi parler d'étapes de reconstruction... C'est que dès 1862, la démcision est prise de reconstruire complètement le château. Ce n'est qu'à partir de cette date que l'on peut parler, concernant Pierrefonds, de la "folie romantique" de l'Empereur

Les travaux prennent alors un rythme plus soutenu, l'Empereur en finançant une grande partie sur sa cassette personnelle. En 1866, le gros oeuvre est achevé, ainsi que certaines pièces, telle que la "salle des Preuses" dans laquelle on installe la collection d'armes et d'armures de Napoléon III. Pendant cette période, le nombre d'ouvriers travaillant sur le chantier croît considérablement, passant de 100 en 1863 à 300 en 1865. Ceux-ci travaillent sept jours sur sept, ce qui explique l'avancée rapide des travaux.

Malgré la hâte mise à terminer cette oeuvre qui doit devenir une véritable résidence impériale, les travaux ne sont toujours pas finis lorsqu'éclate la guerre de 1870 qui entraînera la chute de l'Empire. Les collections sont évacuées, et le château, inachevé, attendra que l'on décide de son avenir. En juin 1871, Viollet-le-Duc écrit au ministre de l'Instruction Publique pour lui faire part de l'état des travaux et de ceux qu'ils restent à accomplir. Il faudra attendre 1873 pour que soit prise la décision de parachever les travaux, c'est-à-dire restaurer les couvertures et exécuter les vitrages et les sculptures pour la chapelle. Le coût en est estimé à 850 000 francs, dont la première partie ne sera versée qu'en 1878.

En 1879 Viollet-le-Duc meurt, et son gendre, l'architecte Ouradou, lui succède à la direction des trmavaux. En 1885, la restauration du château sera considérée comme achevée. Concernant le coût total des travaux, on peut l'estimer aux environs de 5 850 000 francs, dont 61,5 % furent payés sur la "cassette" personnel de Napoléon III, les 38,5 % restants, émanant des Monuments Historiques et de la liste civile.

Il aura donc fallu moins de trente ans pour reconstituer le château dans son ensemble. Mais, les aléas de l'Histoire ont légèrement retardé les travaux après 1870, et surtout ont totalement modifié le projet initial. En effet, Pierrefonds, étant amené à devenir une résidence impériale, devait recevoir un aménagement intérieur et un mobilier tout à fait spécifique, dont une partie, déjà, avait été dessiné par Viollet-le-Duc. Ainsi reconstitué, le château de Pierrefonds aurait alors été l'expression parfaite du Moyen-Age sublimé par l'esprit du Second Empire.


Le château de Viollet-le-Duc face à celui de Louis d'Orléans

Au cours de ses différentes restaurations de monument, Viollet-le-Duc a toujours appliqué sa conception de l'architecture médiévale. Il l'a même poussée, dans le cas du château de Pierrefonds, jusqu'à son paroxysme.

Bien que dans l'ensemble l'aspect extérieur du château ait été respecté, Viollet-le-Duc a tout de même apporté quelques modifications sur la partie Sud. En effet, afin de justifier l'emplacement du château qui est dominé de ce côté par un plateau, Viollet-le-Duc a prétendu qu'il existait entre le château et le plateau un pmrofond fossé et trois retranchements pour canons, alors que l'artillerie n'a été utilisée qu'au XVIe siècle. Dans sa reconstitution, il a donc placé un fossé et plusieurs dispositifs extérieurs de défense (portes, chicanes, pont-levis, châtelets) qui n'ont aucune efficacité militaire, mais qui contribuent à l'aspect de décor théâtral.

Pour le reste, le château présente, comme sous Louis d'Orléans, cette forme de quadrilatère irrégulier flanqué de huit grosses tours portant chacune dans une niche la statut d'un preux. La façade principale est également ornée d'un bas-relief représentant l'Annonciation. Cela s'inscrit dans une transformation, qui émerge en ce début du XVe siècle, de la conception du château qui n'apparaît plus seulement comme un objet de défense mais aussi comme un lieu d'habitation.

Un des traits les plus caractéristiques du système de défense du château est d'être muni, au niveau des courtines et des tours, de deux chemins de ronde superposés. Le premier, chemin de ronde inférieur, est couvert d'un toit pour empêcher l'escalade au moyen d'échelles et repose sur des mâchicoulis. Les murs sont percés d'archères cruciformes permettant d'atteindre les assaillants qu'ils soient éloignés ou proches des murailles. Le chemin de ronde supérieur, avec ses créneaux et ses meurtrières, forme une seconde ligne de défense. L'originalité est que le crénelage se trouve de niveau avec celui des tours, ce qui permet une communication entre elles. Enfin, sur les deux grosses tours Charlemagne et Jules César, Viollet-le-Duc a rajouté un troisième étage de défense - que beaucoup de spécialistes contestent - constitué de hautes cheminées crénelées qui donne au château un aspect féerique.

Pour l'intérieur du château, Viollet-le-Duc a laissé agir son imagination pour créer un décor digne d'une résidence impériale. Les bâtiments de la cour d'honneur sont plutôt de style renaissance, et agrémentés de figures monstrueuses et grotesques et d'animaux chimériques. Au milieu de celle-ci, trône une statue équestre en bronze de Louis d'Orléans, et d'énormes salamandres, symbole du duc, font office de gargouilles.

A l'intérieur des bâtiments, dans les quelques pièces dont la décoration a été achevée, on trouve des lambris et des frises présentant des scènes de la vie au Moyen-Age ou des tableaux fantasmagoriques, mais aussi les symboles de l'Empire (l'abeille et l'aigle). Ces pièces sont au nombre de cinq. Une première salle, pouvant servir d'antichambre ou de salon, occupe la moitié du donjon. Sur les représentations murales apparaissent le porc-épic de Louis d'Orléans et l'aigle impérial. Puis, viennent le cabinet de travail de Napoléon III et sa chambre, la chambre de l'impératrice, et enfin, la salle des Preuses qui sert aux réceptions et aux bals.

Viollet-le-Duc, pour cette restauration, s'est appuyé à la fois sur ses connaissances de l'architecture médiévale qui, sur certains points, relèvent plus de l'interprétation que de faits, et certainement aussi sur les "Très Riches Heures du duc de Berry". Cette reconstruction est donc une idéalisation du château médiéval empreinte de romantisme. Mais au-delà, l'association des symboles de l'Empire avec ceux de grands personnages de l'Ancien Régime reflète un désir de légitimer l'Empire en l'inscrivant dans une continuité historique.

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