Le château de Pierrefonds
Le regard de la société

Les travaux réalisés à Pierrefonds sont uniques en France. Il va s'agir de reconstruire un château médiévale à partir de ruines. Ce projet énorme, dont l'idée directrice veut être la protection du patrimoine, se heurte dès cette époque à la critique. En effet, nombre de contemporains considèrent cette restauration comme une dénaturation du site. Deux conceptions romantiques s'affrontent, l'une privilégiant la protection, mais en laissant en l'état les ruines - sources d'inspiration et expression de l'histoire - l'autre préférant la restauration ou reconstruction afin de faire revivre le passé. Proust, dans "Du côté de chez Swann", nous donne une idée du sentiment que certains éprouvaient face à la restauration de Pierrefonds :

"Penser qu'elle pourrait visiter de vrais monuments avec moi qui ai étudié l'architecture pendant dix ans et qui suis tout le temps supplié de mener à Beauvais ou à Saint-Loup-de-Naud des gens de la plus haute valeur et ne le ferais que pour elle, et qu'à la place elle va avec les dernières des brutes s'extasier successivement devant les déjections de Louis-Philippe et devant celles de Viollet-le-Duc ! Il me semble qu'il n'y a pas besoin d'être artiste pour cela et que, même sans flair particulièrement fin, on ne choisit pas d'aller villégiaturer dans des latrines pour être plus à portée de respirer des excréments."

Cet état d'esprit a perduré jusqu'à nos jours puisque Georges Pillement y voyait "le modèle de ce qu'on ne doit pas faire", et Yan Christ s'emportait contre cette "oeuvre équivoque où le faux prend le pas sur le vrai".

Il est vrai qu'en ce milieu du XIXe siècle Viollet-le-Duc s'est vu confier plusieurs projets de restauration de la cathédrale de Vézelay au château de Pierrefonds. Toutes ces restaurations ne sont en fait que l'interprétation d'un homme de l'architecture du Moyen-Age. L'intérêt en est plus la vision d'une société sur une période historique que l'authenticité architecturale.

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