Pierrefonds-les-Ruines
La période romantique
Jusqu'en 1789, Pierrefonds était compris dans l'apanage de la Maison d'Orléans comme dépendance du duché de Valois. En 1798, les ruines furent vendues par l'administration départementale, ainsi qu'une étendue de trois hectares et dix ares de terrain, pour 8 100 francs en assignats. Elles passèrent alors de mains en mains pendant une quinzaine d'années sans qu'on parvienne à les détruire complètement. Le 15 février 1813, Napoléon Ier impressionné par les ruines les fit acheter pour 2 950 francs.

Le début du XIXe siècle, à travers le romantisme, découvre l'Antiquité et s'en passionne. Cette idéalisation de la période Antique, qui prend fin avec celle de l'Empire, s'observe partout, dans le mobilier comme dans l'architecture, La Malmaison en est un parfait exemple.

Vers les années 1820, l'intérêt se porte sur le Moyen-Age, dont on exalte les vertus chevaleresques. Dans ce contexte, Pierrefonds et ses ruines trouvent leur place. La développement du chemin de fer facilitera les déplacements et les voyages, et Pierrefonds se rapprochera de Paris.

La ruine, dans l'esprit de l'époque, est à la fois une empreinte du passé qui nous relie au monde, mais aussi une source d'émotions, d'émerveillements, de réflexions sur soi-même et sur l'Humanité.


"Les ruines où la nature combat l'art des hommes inspirent une douce mélancolie. Elle nous y montre la vanité de nos travaux, et la perpétuité des siens. Comme elle édifie toujours, lors même qu'elle détruit, elle fait sortir des fentes de nos monuments des giroflées jaune, des chénopodiums, des graminées, des cerisiers sauvages, des guirlandes de rubus, des lisières de mousses, et toutes les plantes saxatiles qui forment, par leurs fleurs et leurs attitudes, les contrastes les plus agréables avec les rochers."

Bernardin de Saint Pierre


Les ruines de Pierrefonds sont réputées : leur hauteur impressionnante, la quasi absence de mousse, qui marque normalement l'emprise du temps et de la nature sur les constructions humaines, en font un objet propre à stimuler l'imaginaire contemporain. On en retrouve la trace à travers la littérature de l'époque, ainsi en 1845 dans "Vingt ans après", Alexandre Dumas décrit le château en ces termes :


"... les tours, quoique solides et paraissant bâties d'hier, étaient ouvertes et comme éventrées. On eût dit que quelque géant les avait fendues à coups de hache."


Vers 1840, chansonniers, poètes et romantiques en tout genre se pressent à Pierrefonds pour visiter les ruines. Monsieur Connétable-Terjus, le gardien du château, organise les visites des souterrains et des oubliettes, en contant de vieilles histoires du temps passé. On vient chercher le rêve et le frisson. Sentiments, émotions, rêveries, tout est réuni à Pierrefonds pour combler les âmes romantiques.
"Oh, m'écriai-je alors, vieux débris d'un autre âge,
Vous avez donc aussi du temps subi l'outrage,
Vous qu'on disait si forts !
La fureur du trépas sur vous s'est assouvie ;
Sa royauté partout a détrôné la vie,
Sur vos murs, dans vos forts."

Henri Dottin



Les ruines de Pierrefonds ont fait l'objet de maintes représentations. Il s'agissait là d'un sujet digne d'inspirer la plupart des artistes. Paul Huet peignit plusieurs tableaux des ruines, l'un d'eux, représentant Pierrefonds dans la tempête, est une très belle interprétation romantique, sombre, imposante, presque pathétique. Par opposition, un des tableaux de Jean-Baptiste Camille Corot, représentant une vue d'ensemble de Pierrefonds, avec le lac et les ruines en fonds, exprime la douceur et la sérénité. A travers ces deux exemples, on voit la diversité des sentiments et des émotions engendrés par les ruines dans l'esprit des romantiques.

Dès la fin du XVIIIe siècle, Pierrefonds est donc porteur d'une image de lieu romantique, ce qui lui confère une certaine notoriété, véhiculée à travers les oeuvres et ouvrages contemporains. Cette reconnaissance entraîne des flux de visiteurs, loin des flux de touristes actuels, mais qui marque déjà l'ébauche d'une activité touristique.

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